(05) Coeur brisé
Lorsque j'ai eu mes dix-sept ans, mes deux soeur et moi avons été transférées dans un autre couvent à Montréal. Environ un an après, les religieuses me recommandèrent d'aller travailler dans une maison privée, chez un directeur d'un collège.
Quelques semaines plus tard, cet homme est sorti avec son épouse pour une soirée de danse organisée par le collège. Alors que je restai seule à la maison pour garder leurs enfants. Au milieu de la soirée, cet homme est revenu seul à la maison et il était de toute évidence en état d'ébriété... C'est alors qu'il rentra dans ma chambre pour me réveiller afin de me faire des avances. Naturellement, je refusai de lui obéir tout en éprouvant une peur terrible. Je me cachai avec mes couvertures en m'enroulant avec celles-ci; je les serrai très fort sur moi pour ne pas lui laisser aucune chance de me toucher... Je lui dis avec la voix remplie de crainte : Non, non, je ne veux pas, et je me suis mise à pleurer parce que je me sentais encore une fois impuissante devant les avances d'un homme qui détenait une certaine autorité scolaire. En me voyant pleurer, je crois que cela a été suffisant pour le dissuader de commettre un geste malheureux; c'est comme s'il avait dégrisé tout d'un coup, il se secoua la tête et me laissa tranquille, enfin il repartit à l'étage supérieur dans ses appartements. Je crois que le Seigneur avait toujours Sa Main sur moi et me protégeait toujours.
Le lendemain, il me dit de prendre un taxis pour aller le rencontrer à son bureau, car il m'a demandé de ne pas rester chez lui à cause de sa femme qui ne semblait pas m'aimer trop!... C'est alors qu'il me paya un taxi pour que celui-ci me conduise à son bureau au collège. Ensuite il me présenta ses excuses et me demanda où je voulais aller en me disant: Je te dois bien cela non, je veux t'aider à partir où tu veux aller. Je suis restée très surprise et lui répondis avec joie : Je veux aller habiter chez un de mes frères à St-Hyacinthe parce que je ne veux plus retourner au couvent !… Ainsi, le directeur fut d'accord pour m'envoyer chez mon frère, mais il lui téléphona pour l'informer de mon arrivée chez lui. Et lorsqu'il eut la certitude que mon frère m'attendrait vraiment à St-Hyacinthe, il me conduisit au terminus d'autobus et attendit jusqu'à ce que je sois entrée dans le véhicule pour me quitter.
Jimagine combien il a été très content de se débarrasser de moi comme cela, car si j'avais été une personne qui avait voulut lui faire du mal, cela ne se serait pas terminé comme cela... Mais comme j'étais innocente et ignorante du pouvoir que j'avais entre mes mains, je laissait simplement aller les choses comme il se présentait. Mais aujourd'hui je suis certaine que Dieu avait toujours pour moi une protection spéciale pour ce genre de circonstance de la vie, mais quel combat est la vie que les jeunes filles peuvent rencontrer ??? !!! Et dans un sens, si j'ai accepté son offre, c'est aussi que j'avais toujours honte de ces actes dégradantes et j'avais peur que les sœurs disent que tout cela était de ma faute du fait que ce genre de situation se répétait souvent. Fréquemment dans des cas semblables, c'est nous les victimes qui sommes accusées et jugées à la place du coupable !...
Lorsque je fus en route pour St-Hyacinthe, mon cœur débordait de joie juste à la pensée de revoir mon frère et de pouvoir vivre chez lui. Je pensais alors que mes problèmes prendraient fin. Je m'entendais très bien avec ce frère. Quelques semaines plus tard, je voyais souvent ma belle-sœur fatiguée et nerveuse, je sentais bien qu'elle n'appréciait pas du tout que je cohabite avec eux. Évidemment j'ai dus les quitter avec beaucoup de peine, car mon frère en avait ainsi décidé pour sauver sa vie de couple. Mais il ne manqua pas de me donner ses recommandations fraternel. Il fallut donc me résigner pour aller vivre chez des étrangers et ça me rendait très insécure; mais mon frère me rassura là-dessus.
Et lorsque j'ai trouvé un endroit pour rester en chambre et pension chez un couple qui était sans enfant, j'éprouvais beaucoup de difficultés à m'adapter à eux et plus principalement avec son mari qui m'intimidait beaucoup; à cause de ma crainte des hommes qui me traquait toujours... Ils étaient pourtant très gentils et très doux tous les deux. Je sentais bien parfois qu'ils désiraient communiquer avec moi, mais je ne le pouvais pas! Je sortais pour aller travailler et immédiatement après le travail, je revenais chez moi pour y demeurer le reste de la journée enfermée dans ma chambre. J'y sortais uniquement pour aller manger avec eux. Quelquefois, il y eut des moments où j'aurais bien voulu parler avec eux, mais j'étais comme bloquée, paralysée, incapable de parler de mes histoires intimes avec eux ni avec personne d'autre d'ailleurs...
Au travail, parfois mes amies me demandaient de les accompagner le samedi soir pour aller danser et m'amuser avec elles. Je leur donnais comme prétexte que ça ne me tentait pas car je n'osais m'aventurer avec elles. Alors rendue chez-moi, je méditais sur mon avenir et sur mon comportement qui étaient vraiment différents des leurs...
Environ dix mois plus tard, je décidai finalement d'accepter leur invitation pour aller danser avec elles. J'avais dix-neuf ans lors de ma première sortie. Rendue à la salle de danse, je n'avais jusqu'alors jamais vu autant de gens et une aussi grande piste de danse. Au début, j'eus un peu peur de voir autant de gens autour de moi qui s'amusaient et dansaient. C'était tous des jeunes de mon âge, mais ma peur n'a pas duré bien longtemps lorsque je commençai à me laisser entraîner par leurs enthousiastes !
Au cours de la soirée, nous avons fait un Pol-Jons, c'était une danse folklorique que je connaissais, cette danse nous faisait tourner autour de la grande salle en dansant et lorsqu'on arrêtait la musique, on s'arrêtait de danser pour se laissait inviter par un autre garçon en face de soi. À un moment donné, il y eut un garçon qui poussait tous les autres pour pouvoir danser avec moi. Je suis restée surprise et heureuse tout à la fois et je me suis dit intérieurement : Eh bien, je ne suis pas si pire que ça après tout ! Et je me suis amusée toute la soirée comme jamais auparavant et toujours avec le même garçon ! Ce fut merveilleux de redécouvrir que l'on est aimé et que l'on pouvait s'amuser sainement. Cette soirée m'a rassurée en me redonnant une plus grande confiance en moi et ce même sentiment m'habita pendant plusieurs mois. Lorsque je commençai à connaître un peu plus ces jeunes gens, j'étais devenue plus à l'aise avec eux. Je m'amusais comme une enfant sans aucune arrière-pensée et sans méchanceté d'aucune sorte. Ma conduite était respectueuse et mes pensées se faisaient saines et corrects lorsque je dansais.
Quelques années plus tard, je voulais rencontrer quelqu'un de sérieux, mais je me suis vite rendue compte que la plupart de ces jeunes hommes qui voulaient sortir avec moi, n'étaient pas aussi matures que je l'aurais souhaité... Leur motivation était simplement comme ceux que j'ai rencontrés dans le passé, de vouloir s'amuser avec moi pour en satisfaire uniquement leur appétit sexuel. Ils fuyaient l'engagement du véritable sens de l'Amour !
