Il est vraiment ressuscité !
« C’est alors que l’autre disciple, celui qui était arrivé le premier, entre à son tour dans le tombeau. Il vit et il crut. »
Évangile selon saint Jean, chapitre 20, verset 8.
Avez-vous déjà vécu une expérience tellement effroyable que la seule façon de continuer à vivre était de passer outre et de repartir ? A la mort d’un être cher, tout ce que vous arrivez à dire, c’est : « C’était merveilleux. Maintenant, c’est fini. Je dois prendre un nouveau départ. » Ou peut-être vous faut-il quitter un foyer merveilleux, et vous dites : « Cela ne sert à rien de vivre dans le passé. Cette période de ma vie est terminée. Je ne dois plus m’y accrocher. »
Lorsque Marie-Madeleine était arrivée au jardin dans ce sombre matin, c’était pour tirer un trait sur le passé. Elle avait aimé Jésus, elle avait espéré qu’il ferait des choses extraordinaires. Mais son histoire avait pris fin. Tout ce qu’elle pouvait faire, c’était oindre son corps, lui dire au revoir et recommencer à vivre sans lui. Elle ressentait un grand vide dans son cœur mais il fallait qu’elle continue à vivre.
Mais lorsqu’elle arrive au tombeau, elle trouve un vide encore plus grand, le tombeau vide. D’abord elle pense que ses ennemis ont volé le corps : peut-être voulaient-ils l’humilier encore plus, le livrer à la raillerie publique, le crucifier une nouvelle fois. Ne pouvaient-ils donc pas le laisser tranquille ? Elle voulait tourner la page, mais ce tombeau vide l’en empêchait. C’est le disciple bien-aimé qui, lui, voit et qui croit. Il voit les linges mortuaires pliés avec soin, et il comprend. L’histoire de Jésus n’est effectivement pas terminée, car il est ressuscité des morts.
Pourquoi le comprend-il ? Et que voit-il ? Il comprend parce qu’il est le disciple que Jésus aime tout...
Il est vraiment ressuscité ! (2)
...particulièrement. La résurrection, ce n’est pas simplement un mort qui retrouve la vie. C’est la victoire de l’amour sur la haine et surtout sur la mort. Pourtant, là où il y a l’amour véritable, l’amour qui est Dieu, il ne finit jamais vaincu. Aimer, c’est participer à une histoire qui n’a jamais de fin, car Dieu est éternel. Je me dispute peut-être avec les gens que j’aime ; il nous arrive d’être en désaccord et de nous bagarrer, mais l’amour trouve toujours un moyen de s’en tirer, même en face de la mort. Voilà pourquoi c’est le disciple bien aimé qui est le premier à croire.
Un homme est venu me rendre visite à Oxford il y a deux ou trois ans. Il était agnostique. En vieillissant, il s’est dit qu’il devait choisir entre la foi en Dieu et l’athéisme. Il ne pouvait pas continuer à éviter de prendre position. Il demanda donc à parler avec six chrétiens croyants et six athées, pour voir qui arriverait à le convaincre. Nous sommes devenus amis et nous nous sommes rencontrés plusieurs fois. Et nous en arrivions toujours à la même question : l’amour n’est-il qu’une émotion ? ou est-ce la présence du Dieu éternel dans nos vies ? Est-ce un sentiment passager ? ou est-ce le début de l’éternité ? Il en était encore aux prises avec cette question lorsqu’il découvrit qu’il avait un cancer. Je suis allé le voir avant de partir pour un voyage à travers l’Asie. Il savait qu’il serait mort avant mon retour. Et pendant deux heures, confrontés à sa mort, nous avons discuté de ce que signifie aimer. Il m’a dit en plaisantant...
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Il est vraiment ressuscité ! (3)
... que j’essayais d’opérer une conversion de dernière minute. Je lui ai dit que j’espérais le voir au paradis. A présent, il sait que j’avais raison !
Mais qu’a donc vu le disciple bien aimé ? Il a vu les linges gisant à terre et le suaire qui avait recouvert la tête de Jésus. Ce suaire ne se trouvait pas avec les linges, mais on l’avait roulé dans un endroit à part. Pourquoi donc est-ce le signe de la victoire de l’amour ? L’explication habituellement avancée est que si le corps de Jésus avait été volé, les voleurs ne se seraient pas donné la peine de plier avec soin le linge mortuaire. Mais dans l’évangile de saint Jean, il y a toujours une signification plus profonde. Tout est signe.
Voici mon interprétation. Moise est monté sur le mont Sinaï, et il a parlé à Dieu face-à-face, comme à un ami. Lorsqu’il est descendu de la montagne, son visage resplendissait et il l’a donc recouvert d’un voile afin de ne pas éblouir les gens. Mais chaque fois qu’il retournait parler à Dieu, son visage n’était pas voilé. Je crois que pour saint Jean, le linge qui couvrait le visage de Jésus dans la mort fait référence à ce voile. La résurrection signifie que l’on a ôté le voile. Jésus est à nouveau face-à-face avec son Père, et pour l’éternité. L’amour est vainqueur !
Dans notre société, il n’est pas toujours facile d’y croire. Si vous vous rendez en Terre sainte, là où Jésus est ressuscité, il ne sera pas évident d’y voir triompher le pardon. Si vous allez...
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Il est vraiment ressuscité ! (4)
...à Mossoul, en Irak, le spectacle des souffrances de la communauté chrétienne vous fera plutôt penser que l’amour a perdu la partie. Si vous êtes malheureux dans votre couple, vous avez peut-être du mal à croire que l’amour est éternel. Comme le disciple bien aimé, nous devons garder les yeux ouverts aux moindres signes d’amour. Dans ce cas, rien qu’un linge soigneusement plié dans un coin et que personne d’autre n’avait remarqué.
Saint Paul écrivait aux Corinthiens : « Nous qui, le visage découvert, contemplons la gloire du Seigneur, nous sommes transformés, allant de gloire en gloire » (2e lettre aux Corinthiens chapitre 3, verset 18). Dans nos visages aussi, les gens devraient entrevoir l’amour du Père et du Fils, l’amour qui ne peut jamais être vaincu. Lorsque nous nous regardons les uns les autres, nous devrions offrir une image de ce sourire de Dieu, qui trouve sa joie chacun de nous, qui que nous soyons.
Au mois de novembre dernier, je me trouvais à Lourdes pour une conférence sur le rôle des handicapés dans la vie de l’Église. J’y ai vu de nombreux signes de la victoire de l’amour sur la souffrance. Un jour, un groupe de jeunes adultes trisomiques a dansé pour nous. Ils dansaient avec beaucoup d’application et de beauté, et leur visage était radieux. En Europe, 90 % des fœtus trisomiques font l’objet d’un avortement. Mais les visages de ces jeunes donnaient une esquisse du sourire de Dieu lui-même.
Regardons-nous donc à visage découvert. A Lima...
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Il est vraiment ressuscité ! (5)
au Pérou, je suis tombé sur une photo d’un enfant des rues dont la légende disait ‘Saben que existo ; pero no me ven.’ : ils savent que j’existe, mais ils ne me voient pas. Ils savent que j’existe en tant que menace, danger, statistique, mais ils ne me voient pas. Il y a des millions de gens dans notre société qui recherchent un regard de reconnaissance, un sourire qui donne la vie. Nous pouvons leur offrir ce regard, signe de la résurrection.
Marie-Madeleine se rend au tombeau pour clore un chapitre de sa vie. Elle avait aimé Jésus, elle l’avait suivi et il l’avait remplie d’espoir. Mais il est mort, et ce temps est révolu. Cependant elle se trompe. Souvent nous sommes tentés par le désespoir ou le cynisme. Nous devons affronter l’échec d’une relation, une déception ou la mort. Mais si nos yeux sont ouverts, alors nous pourrons peut-être voir quelques signes de la victoire de l’amour. Nous faisons partie d’une histoire qui ne finit pas. Comme l’a dit saint Grégoire de Nysse, nous allons « de commencement en commencement par des commencements qui n’ont jamais de fin ».
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« C’est alors que l’autre disciple, celui qui était arrivé le premier, entre à son tour dans le tombeau. Il vit et il crut. »
Évangile selon saint Jean, chapitre 20, verset 8.
Frère
Timothy Radcliffe
Anglais, né en 1945, Timothy Radcliffe est entré chez les dominicains en 1965 et a enseigné l’Écriture sainte à l’université d’Oxford. En 1987, il est élu provincial d’Angleterre puis Maître général de l’Ordre des Prêcheurs de 1992 à 2001. Il a publié Je vous appelle amis et Pourquoi donc être chrétien ?